Figures historiques
Qui était Jeanne d'Arc ? L'histoire vraie de la Pucelle d'Orléans
10 avril 2026 · 9 min de lecture

En treize mois, une bergère de 17 ans a sauvé un royaume agonisant et fait sacrer un roi. Comprendre Jeanne d'Arc, c'est comprendre comment la France s'est relevée du gouffre.
Une France au bord du gouffre
Lorsque Jeanne d'Arc naît vers 1412 à Domrémy, en Lorraine, le royaume de France perd la guerre depuis 75 ans. Les Anglais, alliés aux Bourguignons, occupent Paris, la Normandie, la Guyenne, l'Île-de-France. Le dauphin Charles, futur Charles VII, n'est pas couronné. On l'appelle avec mépris le « petit roi de Bourges ».
La guerre de Cent Ans (1337-1453) n'est pas une guerre nationale au sens moderne. C'est un conflit dynastique entre Plantagenêt et Valois pour la couronne de France. Mais à mesure qu'elle s'éternise, elle devient une guerre d'occupation, de pillages, de massacres. Les paysans fuient, les villes brûlent, les routes sont impraticables.
L'enfance d'une bergère
Jeanne grandit dans une famille de laboureurs aisés : son père Jacques d'Arc est doyen du village. Elle apprend à filer, à coudre, à garder les moutons. Elle est dévote, va à la messe chaque jour, se confesse souvent. Rien ne la distingue, sauf peut-être une piété intense.
Vers 13 ans, elle entend pour la première fois une voix. Puis une autre. Puis une troisième. Elle dira plus tard que ce sont saint Michel, sainte Catherine et sainte Marguerite. Les voix lui ordonnent de bouter les Anglais hors de France et de faire sacrer le dauphin à Reims.
De Domrémy à Chinon
En 1428, Jeanne convainc son oncle Durand Laxart de l'emmener à Vaucouleurs, voir Robert de Baudricourt, capitaine fidèle au dauphin. Il la renvoie deux fois. La troisième, en février 1429, il cède. Elle part avec six compagnons, traverse 600 km de territoire ennemi en plein hiver, et arrive à Chinon le 6 mars.
Charles, méfiant, se cache parmi les courtisans. Jeanne le reconnaît immédiatement. Elle lui livre un secret connu de lui seul — on ne sait pas lequel, mais le dauphin est ébranlé. Il la fait examiner par des théologiens à Poitiers pendant trois semaines. Le verdict tombe : on ne peut prouver qu'elle est de Dieu, mais on ne peut prouver le contraire. On la laisse partir.
Le siège d'Orléans
Orléans est assiégée depuis octobre 1428. C'est la dernière grande ville sur la Loire fidèle au dauphin. Si elle tombe, la Loire est à l'ennemi, et la France est coupée en deux. Le siège dure depuis sept mois. La ville agonise.
Jeanne reçoit une armure d'argent, une épée de Sainte-Catherine-de-Fierbois, un cheval et une bannière. Elle entre dans Orléans le 29 avril 1429 avec un convoi de ravitaillement. Les habitants, qui n'ont plus rien à manger, croient à un miracle.
En neuf jours, du 30 avril au 8 mai, elle prend successivement les bastilles anglaises de Saint-Loup, Saint-Jean-le-Blanc, les Augustins, et enfin les Tourelles — le verrou du pont sur la Loire. Elle est blessée à l'épaule par une flèche pendant l'assaut. On la croit morte. Elle revient au combat à la tombée du jour. Au matin, les Anglais lèvent le siège et partent.
Orléans est libérée. La nouvelle bouleverse la France.
La chevauchée vers Reims
Jeanne convainc Charles qu'il doit aller se faire sacrer à Reims, sur les terres tenues par l'ennemi. C'est une folie militaire — sauf qu'elle marche. Du 29 juin au 16 juillet, l'armée royale traverse l'Auxerrois, la Champagne, prend Troyes, Châlons. Les villes ouvrent leurs portes les unes après les autres. Le 17 juillet 1429, Charles VII est sacré roi de France dans la cathédrale de Reims. Jeanne est à ses côtés, sa bannière à la main.
C'est le tournant. Avant, Charles était un dauphin contesté. Après, il est l'oint du Seigneur, le roi légitime. La guerre n'est pas finie, mais le rapport de force a basculé.
Capture, procès, bûcher
Après le sacre, Jeanne enchaîne les campagnes. Échec devant Paris en septembre 1429 — elle est blessée d'une flèche dans la cuisse. La Charité-sur-Loire en novembre, échec. En mai 1430, elle vole au secours de Compiègne assiégée. Le 23 mai, elle est capturée par les Bourguignons, qui la vendent aux Anglais pour 10 000 livres tournois.
Le procès s'ouvre à Rouen en janvier 1431. Pierre Cauchon, évêque de Beauvais, mène l'inquisition. Soixante théologiens contre une analphabète de 19 ans. Les procès-verbaux nous sont parvenus : Jeanne répond avec une intelligence stupéfiante. Quand on lui demande si elle est en état de grâce, elle répond : « Si je n'y suis, Dieu m'y mette ; si j'y suis, Dieu m'y garde. » C'est une réponse théologiquement parfaite.
On la condamne quand même. Le 30 mai 1431, à neuf heures du matin, elle est brûlée vive sur la place du Vieux-Marché à Rouen. Elle a 19 ans. Ses cendres sont jetées dans la Seine pour qu'il ne reste rien.
Réhabilitation et canonisation
Vingt-cinq ans plus tard, en 1456, Charles VII fait rouvrir le procès. Jeanne est réhabilitée à titre posthume. En 1909, elle est béatifiée. En 1920, elle est canonisée par Benoît XV. Le Parlement vote une fête nationale en son honneur le deuxième dimanche de mai.
Pourquoi Jeanne d'Arc compte encore
Jeanne d'Arc n'est pas qu'un personnage historique. C'est une figure politique disputée — la droite la revendique pour son patriotisme, la gauche pour sa modestie sociale, les catholiques pour sa foi, les laïcs pour son procès en sorcellerie. Tout le monde y trouve son compte parce qu'elle dépasse tout le monde.
Ce qu'elle incarne, au-delà des récupérations, c'est l'idée qu'un individu peut changer l'histoire. Une bergère de 17 ans, illettrée, sortie de nulle part, a tenu tête au royaume d'Angleterre, a fait sacrer un roi, a inversé une guerre. Personne ne lui demandait rien. Elle l'a fait quand même.
C'est cette Jeanne-là — pas la sainte, pas l'héroïne, la fille qui s'est levée — qu'on porte sur le tshirt de l'archive 03.

